Apprentissage de l’oral à l’école : ce que nous apprennent les collèges et lycées européens

Les élèves français seraient-ils plus atteints de « glossophobie » (peur panique de parler en public) que les scandinaves, anglais ou allemand ? Une chose est sûre, ils sont moins encouragés à prendre la parole et à maîtriser leur trac que leurs camarades européens. Rapide tour d’horizon sur la place de l’oral dans trois pays européens aux systèmes éducatifs particulièrement performants : la Finlande, l’Allemagne, le Royaume-Uni. 

Finlande : le champion de la performance, aux antipodes de l’académisme « à la française »

Pas de devoir à la maison, des programmes à la carte, pas de bac à la fin du secondaire, une autonomie pédagogique totale des enseignants, une place centrale accordée à l’enseignement artistique : l’école en Finlande défie les canons de l’enseignement. Et ça marche ! La Finlande est le deuxième pays européen dans les classements PISA – derrière l’Estonie. Bien sûr, le contexte n’est pas comparable à la France et les classements ne sont pas un graal. Reste que le modèle a de quoi inspirer : tout est fait pour permettre aux enfants de gagner en confiance, notamment à l’oral. 
Sur son blog « Le Tour du monde des pédagogies », le pédagogue voyageur Emile Le Menn restitue l’anecdote suivante, racontée par Marjuska, institutrice à l’école primaire de Espoo dans la banlieue d’Helsinki. Marjuska fait cours avec son chien Vallu, un berger belge, qu’elle utilise en classe pour faire des exercices. Elle raconte : « Il y avait une jeune fille qui avait de manière générale très peu confiance en elle, qui n’osait pas parler, ou chuchotait alors seulement. Et bien je la gardais à la fin du cours pour faire des exercices avec Vallu : elle devait lui ordonner de traverser la pièce pour la rejoindre. Au départ, sa voix portait si peu et elle avait si peu d’assurance que Vallu ne lui obéissait pas. Même lui sentait ce manque d’assurance. Mais à force d’entraînement, et sans avoir la peur d’être jugée par d’autres élèves, cette jeune fille a fini par avoir plus de présence et Vallu lui a obéi. » Visiblement, cette expérience a changé la vie la jeune fille : elle n’a plus eu peur de parler en classe 

UK : l’excellence académique, la confiance en plus

Pourquoi les discours de mariage sont-ils bien plus drôles et réussis aux UK qu’en France ? Ne cherchez pas, c’est grâce à l’école ! « Au Royaume-Uni, les enfants sont habitués à faire des speechs dès le plus jeune âge. Toutes les occasions sont bonnes, qu’il s’agisse d’annoncer les résultats d’une compétition de rugby ou d’ouvrir un bal de fin d’année. Même en maths, les enfants sont invités à résoudre ensemble les problèmes et à présenter les solutions en classe. Ils ne sont pas tétanisés par le jugement… parce qu’ils ne sont pas jugés », explique ainsi Barbara de Baudry, directrice de l’école bilingue Union School à Paris, qui s’est beaucoup inspirée du modèle anglo-saxon pour bâtir le projet de son école. Les meilleures écoles privées sont particulièrement en pointe sur le sujet : « ces écoles ne cherchent pas seulement à fabriquer des cerveaux bien remplis. Elles cherchent à transformer les enfants en adultes confiants, accomplis… et cela passe aussi par l’oral. »
Mais l’importance accordée à l’oral n’est pas l’apanage des seules écoles privées. Dans la plupart des « state schools », l’oral a aussi ses rites. La journée des enfants primaires peut débuter par le rite du « show and talk » : un enfant présente un objet et en parle pendant quelques minutes. Une pierre, un doudou, un livre, tout est autorisé ! Les « school assemblies » sont également fréquentes : cette fois-ci, l’enfant fait un speech devant toute l’école et tous les parents d’élèves. Entrainé à l’exercice depuis son plus jeune âge, pas étonnant qu’il devienne virtuose du « wedding speech » une fois la trentaine venue. 

Allemagne : une culture de la participation

« Bac : l’oral ne fait pas peur aux Allemands » titrait L’Express dans un article paru en 2021. Cette absence de stress n’a rien à voir avec une quelconque nonchalance. C’est tout simplement parce qu’ils ont l’habitude de prendre la parole en public que les jeunes n’ont pas peur de l’oral. Ils ont tellement pratiqué que c’est devenu une routine, comme la marche ou le vélo. « Le système pédagogique favorise la participation des élèves aux discussions. Les profs encouragent la prise de parole et les élèves peuvent même les contredire », explique Harm Kuper, pédagogue à l'Université libre de Berlin, dans l’article de L’Express. 
 
Cette culture de la participation remonterait au 18ième siècle, quand le philosophe von Humboldt a posé le concept de « Bildung », notion qui associe l’acquisition du savoir au développement de la personnalité de soi. Selon un document publié par l’Ambassade d’Allemagne, le « système éducatif allemand repose sur ce concept (…) Il ne met pas l’accent sur la transmission du savoir, mais sur la personnalité de l’enfant ». On est apparemment loin des ambitions d’excellence du système français… ce qui n’empêche en rien la performance : l’Allemagne est mieux classée que la France au PISA.