A quoi sert vraiment la réforme du bac et le Grand oral ?

La réforme du bac et la création du grand oral apportent-ils réellement quelque chose de neuf et d’utile ? Ne sont-ils qu’une « nième réforme » en forme d’usine à gaz ? Pour en savoir plus, nous avons interviewé Pierre Mathiot, directeur de Sciences Po Lille, auteur du rapport « Un nouveau baccalauréat pour construire le lycée des possibles ». Paru en 2018, ce rapport est à l’origine du Grand oral du bac. 

Temps de lecture : 2 minutes 
Quel est l’objectif du Grand oral du Bac ? Pourquoi avez-vous préconisé d’introduire cette nouvelle épreuve ? 

Je suis père de quatre enfants, professeur aussi… et je vois bien que les élèves s’expriment trop peu en classe. Aujourd’hui, certains élèves doivent attendre d’être en master pour faire leur vraie première présentation à l’oral. Pour moi, c’est de la folie ! Tout simplement parce que s’exprimer en public est une compétence clé. On le fait toute sa vie après le bac, comme étudiant, puis comme citoyen. Il est logique que l’école forme à cela, tout comme elle apprend à lire, à écrire, à compter, à raisonner. L’utilité de la réforme et du Grand oral est d’abord de former les citoyens de demain. 

A vous entendre, on dirait que le Grand Oral est bien plus qu’un examen…  

Tout à fait. Le Grand oral du Bac est est d’abord une dynamique. L’objectif n’est pas de tant que faire passer une épreuve que d’innerver tout un processus. L’idée est en effet de partir de l’examen « en aval » pour remonter tous les cursus, au lycée, au collège, avant même. L’enjeu est de routiniser la place de l’oral, de faire en sorte qu’il se banalise comme compétence et ait toute sa place au lycée et à l’école. Bien sûr, c’est une petite révolution systémique… mais je crois que cette révolution est nécessaire pour le futur des élèves. 

Quelles ont été vos sources d’inspiration pour concevoir l’épreuve ? 

Je me suis beaucoup inspiré du « colloquio », l’épreuve orale du bac en Italie. C’est un vrai rite de passage, un moment à forte valeur ajoutée symbolique, lors duquel l’élève est non seulement évalué sur ses connaissances, mais aussi sur son aisance à l’oral et sa maturité. Bref, c’est l’élève comme individu qui est au centre, pas l’apprenant qui récite sa leçon. 

Le système français du BTS a également nourri ma réflexion. Je trouve intéressant d’associer un professionnel issu du monde de l’entreprise au jury. Cet ouverture sur l’extérieur aide l’élève à ouvrir d’autres perspectives sur son projet. C’est d’abord l’occasion d’un échange bienveillant, un temps d’échange sur le futur, déconnecté de la note. Pour des raisons pratiques, il n’a finalement pas été possible d’ouvrir le jury à l’extérieur pour le Grand oral du bac… Mais je crois que l’esprit de bienveillance est bel et bien présent. 

Le Grand Oral contribuerait à renforcer les inégalités, selon certains critiques. Que répondez-vous à cela ? 

Je dirais que c’est au contraire une réforme qui vise à réduire les inégalités. Aujourd’hui, les élèves les mieux armés pour l’oral sont souvent les élèves issus de milieux aisés. Or il faut préparer tout le monde, pas seulement les plus nantis. Et la seule façon de le faire, c’est d’universaliser l’apprentissage de l’oralité, en rendant l’exercice obligatoire, en l’inscrivant dans le socle des compétences de base à acquérir. 

Crédit photo :
@ zir pour Sciences Po Lille.